On l’entend avant de le voir. Un souffle puissant, presque mécanique, traverse la canopée : non, ce n’est pas un hélicoptère du parc, c’est un calao festonné en plein vol. Ses ailes font un tel bruit qu’on pourrait le croire équipé d’un moteur.
Avec ses quelque 90 centimètres et son bec démesuré, le calao festonné (Rhyticeros undulatus) est l’un des quatre calaos du parc national de Khao Yai, aux côtés du calao bicorne, du calao pie et du calao brun. On le reconnaît à son bec orné de petites rides, les fameux « festons », qui lui ont donné son nom. Monsieur porte une poche jaune vif sous la gorge, Madame une poche bleue : chez les calaos, on ne se trompe pas de partenaire.
Car le calao festonné est fidèle, et pas qu’un peu. À la saison des amours, Madame s’installe dans une cavité d’arbre et s’y enferme elle-même, en murant l’entrée avec de la boue et ses propres déjections. Ne reste qu’une fente étroite, par laquelle Monsieur va la nourrir, elle puis les petits, pendant des semaines. Des allers-retours incessants, des figues livrées une par une : le premier service de livraison à domicile de la forêt, sans frais de port et sans pourboire.
Grand amateur de figues et de fruits sauvages, le calao festonné parcourt chaque jour de longues distances pour trouver les arbres en fruits. Ce faisant, il disperse les graines aux quatre coins du parc : un vrai jardinier de la forêt, qui plante sans jamais prendre de pelle.
Pour l’observer à Khao Yai, le meilleur moment est tôt le matin, près des grands figuiers en fruits, ou en fin de journée, quand les calaos rejoignent leurs dortoirs en petits groupes. Levez les yeux, tendez l’oreille : s’il passe au-dessus de vous, vous ne pourrez pas le rater.



